Un choc.

Comme plusieurs, j'ai été bouleversé en entendant cette nouvelle. 

Nos héros sportifs représentent souvent beaucoup plus qu'on veut bien se le laisser croire. Même si eux ne nous connaissaient pas, on a le sentiment nous, de les connaître... 

Parce que c'est toutes ces heures à lire le SLAM magazine, à crier "KOBE!" en shootant un fadeaway dans le driveway, dans le gym, dans la cour d'école ou dans la rue. Toutes les heures à défendre pourquoi il est bien meilleur qu'un autre joueur dans le top 5 ever. Toutes les heures à jouer à "NBA Courtside 2" au Nintendo 64. Tous les moments qui nous ont marqués : le fameux alley-oop de Kevin Garnett à Kobe au All-Star Game en 1998, que j’écoutais en boucle sur cassette, parce que oui, je l'avais enregistré sur VHS. C'est aussi le premier "between the legs dunk" que j'ai vu de ma vie. Le premier Jersey que j'ai acheté de ma vie, à 11 ans, au Pro Sports sur Sainte-Catherine à Montréal. 

On le connaît, on l'a imité. On l'a aussi défendu contre les "haters". Parce que c'était aussi un peu ça notre job. Pour nous, c'était rendu une question de fierté, on se disait : "J'ai suivi ce gars-là depuis que je sais lire, y a pas personne qui va le bash impunément, tant que je serai dans la conversation!". Même si tout au fond de nous on le savait que c'était vrai qu'y était un peu "ball hog". Que c'était probablement vrai qu'y aurait pas gagné le championnat 3 fois de suite sans Shaq. Pour nous, Kobe, c'était un peu notre Gretzky, notre Zidane, je dirais même "notre Jordan à nous". On était un peu trop jeunes pour les autres "grands" même si on les connaissait bien! On les connaissait surtout par leurs highlights, par leurs fins de carrière... mais on ne les a pas vus évoluer parallèlement à notre propre vie aussi longtemps. Le lien se crée, parce qu'on associe plein de moments de "sa" vie à la nôtre. Je me souviens où et avec qui j'étais quand j'ai regardé son premier championship, et les autres, par exemple. 

Écoutes... tu parles à un gars qui a fait une minute de silence avec ses amis du secondaire quand Michael Jordan a pris sa retraite. Oui. Oui vous avez bien lu et oui vous pouvez rire. Le gars était pas mort, bonyenne, il avait juste pris sa retraite! Mais nous on était comme ça. Une minute de silence pour ça. Des passionnés probablement, un peu niaiseux sur les bords, mais des passionnés quand même. 

Les années ont passé, et le jeune a grandi. On suit plus autant le basket qu'avant. Je ne peux plus te dire à la virgule près les statistiques des tops joueurs de la ligue. Mais les souvenirs, eux, sont toujours là. L'émotion qu'ils suscitent s'en va nulle part. Et puis... survient la fin tragique que son héros de jeunesse a subie, dans des circonstances qui font frissonner le père en moi, qui, comme Kobe, a 4 beaux enfants. Avait, pour Kobe. Avait parce qu'il n'est plus. Mais aussi et surtout parce que l'une de ses filles était avec lui, dans cet hélicoptère. On dit qu'il était un très bon papa, présent, aimant. Et on ne peut faire autrement que d'avoir une boule dans la gorge, un poing dans le ventre. 

Mark Cuban a mis des mots sur cet autre sentiment qui m'a envahi : "It hurts that it takes a tragedy to remind us of our mortality." 

It does hurt. 

Et je pense que c'est pour moi le point le plus important. Parce que le but, c'est certainement pas de convaincre quiconque que sa vie valait plus qu'une autre. Je le sais, il y a des dizaines de milliers de personnes qui meurent, chaque jour. 

Le but n'est certainement pas non plus de justifier la couverture médiatique ou de pleurer sa mort plus qu'une autre. Pour moi, c'est plutôt une réelle opportunité de comprendre un petit peu mieux le chagrin, la peine, le désarroi des tragédies... que d'autres ont vécu de bien plus près que moi, dans leur vie. D'avoir plus d'empathie. 

Si j'étais un fan confirmé du joueur, je n'étais probablement pas un adepte inconditionnel de tout ce qu'il disait philosophiquement parlant. Mais je mentirais si je disais que Kobe ne m'a pas poussé à persévérer et à me dépasser par le passé... 

Un commentaire laissé sur YouTube disait qu'on aurait dû annuler les matchs d'hier, par respect. Un autre Internaute lui a répondu très adroitement : "Ça aurait été la chose la moins "Kobe" au monde que de faire ça. À la place d'annuler, au contraire, ils auraient du jouer 8 quarts de 12 minutes, à fond la caisse". 

J'ai souri. 

C'était un peu ça Kobe. Deux games en une, quoi. 

Si cet événement est d'une incroyable tristesse, c'est aussi pour moi bien des leçons. 

1. Ce feeling-là qui reste. Qu'on est bien peu de chose. 
«Savez-vous ce que demain vous réserve? Qu'est-ce que votre vie? Une brume légère, visible quelques instants et qui se dissipe bien vite» (Jacques 4:14) 

2. Mais aussi, et surtout, c'est cette motivation qui émerge. Que l'on ne devrait pas trop niaiser pendant qu'on y est encore, d'y aller à fond. 
«Tout ce que tu trouves à faire, fais-le avec l'énergie que tu as, car il n'y a plus ni activité, ni réflexion, ni science, ni sagesse dans le séjour des morts vers lequel tu es en route.» (Ecclésiaste 9:10) 

3. Et puis tant qu'à y être, j'ai aussi envie de vous appeler à vous aimer et à vous prendre les uns les autres dans vos bras. Allons, soyons donc de bons papas, mamans, fils, filles, maris ou épouses, ou plus simplement... amis. Pendant qu'on le peut encore, parce qu'au final c'est ça qui va rester. Comme témoignage, comme héritage. 
«Faisons le bien sans nous décourager. Oui si nous allons jusqu'au bout, nous récolterons quand le moment sera venu.» (Galates 6:9) 

Pour moi, c'est tout pour le moment... J'espère que de lire ce texte vous aura fait autant de bien qu'il m'en a fait de l'écrire. 

Que Dieu vous bénisse, mes amis!


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